Dessin

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« Le travail de Nicolas Témieau procède d’un examen froid, distant, et brutal. Chacune de ses interventions se place sous les hospices d’un protocole et d’un système clinique, où l’artiste ne s’autorise aucune forme d’exubérance, si ce n’est celle « d’organiser les choses ». Rien ne saurait être laissé au hasard dans cette entreprise de grand ordonnancement, tout est plutôt abandonné aux attirails techniques dont cet ancien graphiste repenti se laisse disposer. Ils sont ceux offerts par les outils contemporains du dessin ; le sacro-saint Illustrator, le format A2, les couleurs qui lui sont proposées ; noir, rouge, le vert, puis le bleu ; le stylo quatre couleurs du dessin technologique. Sur les dessins de Nicolas Témieau on retrouvera un silos à grain, des groupes électrogènes, une vue de chemin de fer ; les paysages de son errance. La biographie se trouve topographiée en raisonnements logiques et en symboles apprivoisés. Ce romantique repenti a rencontré sur sa route François Morellet et les constructivistes du début du XXème, et semble se nourrir des lignes dessinées par les paysages de Mondrian puis par l’abstraction géométrique.

 

Nicolas Témieau a fait le choix de se soustraire à ses œuvres, de faire disparaître de la surface la trace du passage de sa main. Ici son geste est dissout, et le spectateur n’est convié à observer que la trame du dessin industriel, où l’hésitation et l’empreinte de l’artiste ne sont plus de mise. C’est une utopie de la clarification qui s’exprime, une création standardisée, qui procède des moyens que le monde contemporain s’est offert pour se représenter. La palette de l’artiste est composée par des procédés numériques, glacés, de marbre, équivalents, offerts égalitairement à tout individu. Ses monochromes gris sont les manifestes d’une absolue neutralité, soit le mélange de toutes les couleurs disponibles ; elles sont ici le gage de leur propre annulation.

 

Le travail de Nicolas Témieau est celui de l’angoisse du chaos et de la soif du contrôle. Anti-spectaculaires, ces dessins s’obstinent contre l’image, luttent contre le lisible et certainement contre le visible, nous offrent une lecture codée du monde, selon les thèmes prescrits par nos outils informatiques. Tracer des lignes permet tout du moins de poser des limites, de créer son propre ordre interne face au spectacle des choses. Nicolas Témieau, a développé son algorithme, sa formule omnisciente, son remède temporaire à l’angoisse d’un certain ordre des choses, à une certaine incertitude de l’Etre. Les lignes et angles du travail de Nicolas Témieau sont comme autant de balises déposées dans l’univers du doute, une manière de dompter la fuite d’un paysage et la persistance de l’inconnu. Témieau fait l’inventaire de ses errances, des hasards de son chemin, et aux lignes standardisées d’un programme informatique répondent les aléas de l’existence de l’artiste. »

 

Rebecca Lamarche-Vadel

 

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